Encore une pincée de celte ?
(...) Spécialiste reconnu de cette époque, M. Gastal vient de publier aux éditions Désiris, sous le titre «Nos racines celtiques, du gaulois au français», un livre qui résume tout ce que l'on sait aujourd'hui sur «nos ancêtres les Gaulois».
Ces Gaulois qui n'étaient nullement les «barbares» décrits par les historiens d'il y a un siècle, à commencer par le célèbrissime Ernest Lavisse. Nous savons aujourd'hui que c'étaient des artisans accomplis dans bien des domaines, reconnus comme tels par des auteurs de l'époque, et que l'image ressassée des Romains apportant la civilisation aux Gaulois est, tout simplement, fausse.
Le sous-titre «Dictionnaire» du livre de M. Gastal met l'accent sur le contenu linguistique de ce remarquable ouvrage. Mais c'est en fait une véritable encyclopédie sur les Gaulois, nos Celtes à nous, qu'il nous offre...
Leur langue, contrairement à ce que l'on a pu croire, n'était pas seulement orale. Mais elle n'a été écrite que par les druides et pour que leurs élèves puissent apprendre par coeur ce qu'ils devaient savoir .. Les Gaulois aimaient discourir, et leur culture était une culture de la parole .. Au début du 1er siècle avant J.-C, ce sont deux Gaulois qui ouvrent à Rome les premières écoles de rhétorique. Le jeune César et Cicéron plus âgé les fréquentent ! Quand ils doivent écrire, les Gaulois le font en lettres grecques, puis en latin après l'occupation de la Gaule.
«L'inventaire des écrits gaulois reste largement frustrant» constate Pierre Gastal, qui consacre un passage à ceux que l'on a trouvés, notamment le plomb du Larzac, découvert en 1983, qui comporte plus de 160 mots en cursives latines, sans doute des formules magiques, destinées à détourner un mauvais sort. M. Gastal ne croit guère à l'apparition d'un équivalent de la célèbre pierre de Rosette, qui ferait voisiner un texte gaulois et sa traduction en latin ou en grec.
Les auditeurs de 2011 retrouveront dans ce livre toute la richesse de son analyse du vocabulaire gaulois, rapproché d'autres langages celtiques, le breton, l'irlandais, l'occitan, etc. En matière de noms de lieux, ses connaissances apparaissent inépuisables. Cher lecteur, vous situez sans aucun doute les villes aux noms gaulois de Narbo et de Carcasso. Mais quid d'Avaricum, Burdigala, Nemausus (Bourges, Bordeaux, Nîmes).? Ces noms ont un sens. Prenez Amiens : son nom gaulois Samarobriva signifie «le pont sur la Somme». Il en va de même des noms de personnes : Vercingétorix signifiait, excusez du peu, «le grand chef des guerriers». Pierre Gastal note au passage avec humour que les terminaisons en -ix sont beaucoup plus rares que ne le ferait croire la lecture de certaine bande dessinée.
Sur les rapports entre les langues celtiques, le passage de l'une à l'autre, son livre nous apprend mille choses. Un sac se dit BULGA en gaulois, BOLG en ancien irlandais, BOJA en occitan, BOLSA en espagnol, BOGUE et BOGETTE en français, ce dernier mot étant passé, on le sait, en Angleterre avec les Normands pour nous en revenir sous la forme de BUDGET ...
C'est donc une très savante leçon de sémantique que nous propose le Professeur Gastal. Mais il faut lire aussi les passages de son ouvrage consacrés à l'histoire des Gaulois, à leurs coutumes telles que les feux de la Saint Jean, à la localisation des tribus dans l'Hexagone. Toutes cho.ses parfaitement inconnues jadis, et que Pierre Gastal nous fait connaître, en attendant de nouvelles découvertes des archéologues.